La perversion des concepts

Un article de Caverne des 1001 nuits.

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Ou l'égalitarisme selon Fabius

Nos politiques, de quelque bord qu'ils soient, ont une fâcheuse tendance à détourner les concepts importants de notre société selon leur bon vouloir. Au bout d'années et d'années de langue de bois, la France se retrouve dans un marasme absolu en termes d'idées. Nous, les français, savons-nous seulement encore penser ? Savons reconnaître des messages pervertis lorsque nous les rencontrons ? Quand tous les bords politiques utilisent les mêmes glissements sémantiques, nous ne pouvons que regarder avec inquiétude le destin des états dans lesquels ce genre de glissements est arrivé.

Sommaire

[modifier] Fabius, ou le summum de la langue de bois

A la question : « quelle est votre définition de la laïcité ? », Fabius répond :

Pour moi, la laïcité, c'est à la fois une exigence absolue de neutralité de l'Etat en matière religieuse, et le refus d'un empiètement des Eglises et des cultes sur l'espace public, c'est à dire sur l'autonomie du citoyen.C'est aussi la paix civile assurée par la liberté de conscience et l'égalité de tous sans distinction d'options spirituelles ou de particularismes et sans discrimination liée au sexe ou à l'origine.La laïcité respecte les choix spirituels de chacun dans le cadre de la loi républicaine, grâce à la séparation stricte de la sphère publique et de la sphère privée. C'est enfin l'accent mis sur ce qui unit les hommes et le refus des communautarismes par l'universalité de la loi. C'est donc une des conditions de la fraternité. La laïcité n'a donc pas besoin d'adjectif pour la qualifier : « moderne », « ouverte », « raisonnable », « audacieuse ». La laïcité est ; elle est un pilier de notre République ; elle est un atout exceptionnel pour la France.

Fabius a une tendance certaine à faire de la désinformation et à manipuler son auditoire à des fins de politique politicienne. Nous l'avions déjà vu lors de la campagne européenne, le bougre ne change pas.

Mais analysons plutôt la rhétorique dudit.

[modifier] Une lecture mensongère de la loi

Quand Fabius dit :

le refus d'un empiètement des Eglises et des cultes sur l'espace public, c'est à dire sur l'autonomie du citoyen.

Il prend une position anti droits de l'homme. En effet, l'article 18 des droits de l'homme stipule que :
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.

Fabius introduit une théorie de la « séparation des espaces », alors que la loi de 1905 ne fait que séparer les églises et l'Etat (dans le but pour l'Etat de ne plus subventionner les associations religieuses). Les espaces sont nommés « sphères » :

La laïcité respecte les choix spirituels de chacun dans le cadre de la loi républicaine, grâce à la séparation stricte de la sphère publique et de la sphère privée.

La religion doit rester dans le cadre privé[1]. Une fois encore, cette demande est antinomique avec les droits de l'homme, article 18, et n'est pas dans l'esprit de la loi de 1905 qui déclare (article 25) : Les réunions pour la célébration d'une culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques.

Pourtant, Fabius nous dit clairement que « le cadre de la loi républicaine » garantit le respect des choix spirituels « grâce à la séparation stricte de la sphère publique et de la sphère privée ». C'est un glissement sémantiquement totalement faux. La loi républicaine ne sépare pas la sphère publique et la sphère privée en matière de spiritualité, mais au contraire normalise l'espace public de l'expression religieuse. Que de mensonges !

L'espace public au sens large est donc un espace dans lequel le religieux peut s'exprimer selon les dispositions de la loi de 1905. Notons que cet axe de manipulation est très souvent défendu par les partisans d'un athéisme dur, comme Michel Onfray. Le but des partisans de l'athéisme dur est d'imposer un silence public des organisations religieuses. Limiter l'expression religieuse dans l'espace public peut être un préalable à l'interdiction des religions dans l'espace public, voire la légitimation de la persécution des religieux. On se rappellera qu'Onfray voit des «névrose et psychose» (sic) chez les croyants !

Nous sommes donc en pleine lecture mensongère de la loi de 1905 et des droits de l'homme. Cette manipulation est inqualifiable pour un homme politique.

[modifier] Egalité et égalitarisme

Après avoir déformé les concepts d'espace public et d'espace privés, Fabius s'attaque à la perversion du concept d'« égalité » à la française :

C'est aussi la paix civile assurée par la liberté de conscience et l'égalité de tous sans distinction d'options spirituelles ou de particularismes et sans discrimination liée au sexe ou à l'origine.

On pourra apprécier le terme « paix civile », qui n'est pas sans sous-entendre une menace de « guerre civile ». Cette association de mots « communautarisme / guerre civile » est très souvent présente dans les médias d'aujourd'hui. A force de répétition, le public aura compris l'ennemi désigné est la «communauté», qui est en premier lieu l'«ennemi musulman», qui n'est autre qu'une version d'un racisme anti-arabe, en quelque sorte, «légalisé»[2].

L'égalité selon Fabius est donc bien une doctrine de l'égalitarisme, du nivellement fait dans la volonté explicite d'effacer l'altérité. Ainsi, parler d'«égalité de tous sans distinction d'options spirituelles ou de particularismes et sans discrimination liée au sexe ou à l'origine» est une déformation manifeste du sens des valeurs françaises comprises dans le triptyque : Liberté, Egalité, fraternité.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » stipule l'article premier de la déclaration des droits de l'homme. Il n'est nullement question d'étendre subrepticement la notion d'égalité à la spiritualité, le sexe ou l'origine. Les hommes ne sont manifestement pas «égaux» dans ces domaines. Cette «égalité» n'a, d'ailleurs, pas de sens, à part peut-être dans le cadre d'une rhétorique marxiste.

Il y a donc confusion sémantique grave, détournement de l'esprit des lois françaises et exposé d'une position égalitariste qui n'est pas sans rappeler des positions communistes. On ne pourra que sourire en voyant la personne qui émet ce genre d'opinions. En effet, Fabius est tout sauf un représentant crédible d'une gauche «égalitariste».

[modifier] Rhétorique du communautarisme

La rhétorique du communautarisme s'appuie sur une interprétation erronée de la loi française. Fabius dit ainsi :

C'est enfin l'accent mis sur ce qui unit les hommes et le refus des communautarismes par l'universalité de la loi.

Le concept de [communautarisme->800] est bien pratique pour dire de telles bêtises. L'universalité de la loi ne proclame aucune communauté ou association comme illégale tant que cette communauté ou association respecte la loi française. L'opposition « communautarisme / universalité de la loi » est donc une dialectique de manipulation et de confusion. Les communautés ont toujours existé en France sans que cela ne pose de problèmes.

C'est donc une des conditions de la fraternité. La laïcité n'a donc pas besoin d'adjectif pour la qualifier : « moderne », « ouverte », « raisonnable », « audacieuse ». La laïcité est ; elle est un pilier de notre République ; elle est un atout exceptionnel pour la France.

La «laïcité» n'est pas ce que décrit Laurent Fabius. Elle est respect des cultes des autres, dans la sphère privée comme dans la sphère publique, cela réglementé par la loi. Ce respect de la différence des autres s'appelle la fraternité.

[modifier] Conclusion

Il devient inquiétant de voir des instances morales se soulever sans légitimité aucune et la morale se dresser contre des parties de la communauté nationale qui sont accusées a priori d'être dangereuses. Le discours commence à être bien huilé, malgré le fait qu'un article d'une page brise les arguments fumeux d'un personnage comme Fabius.

Quand la gauche commence à avoir des discours anti droits de l'homme et anti loi française, on ne peut que s'inquiéter. Même si ce n'est pas nouveau, le fait que ces informations totalement erronées puissent être impunément attachées à des personnages politiques importants de notre pays montre l'indigence intellectuelle dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui.

La dictature des bonnes intentions a enfin trouvé ses ennemis. Le racisme illégal d'hier est devenu « la légitime lutte républicaine contre les communautarismes ». Belle évolution que celle de ce début de XXIème siècle. Notons que les dictatures les plus sauvages sont toujours arrivées au pouvoir en paraissant légitimes.

[modifier] A lire sur internet

A lire sur le net :

[modifier] Notes

  1. Cf. A propos de Michel Onfray.
  2. Cf. déconstruction du concept de communautarisme.