Les erreurs de raisonnements

Un article de Caverne des 1001 nuits.

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-== Une médiatisation de la société ==+=== Introduction ===
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 +Cet article vise à inventorier un certain nombre de raisonnements courants qui, s'ils ont l'apparence de la justesse et de la logique, sont intrinsèquement faux et conduisent aux conclusions les plus erronées. Nous tenterons de donner une première cartographie de ces ''patterns''.
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 +De plus, nous illustrerons ces raisonnements dans des exemples précis et tenteront de déconstruire et de classifier les éléments qui conduisent à des raisonnements faux. Enfin, nous donnerons des pistes sur certaines conséquences de ces erreurs de raisonnements afin de prendre du recul par rapport à un certain nombre d'informations que nous recevons quotidiennement, informations qui véhiculent la plupart de ces ''patterns''.
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 +== Proposition de modélisation du raisonnement ==
=== Introduction === === Introduction ===
-Il est à noter, comme nous avons commencé de l'aborder dans le début de l'article, que certains domaines non soumis à la méthode médiatique il y a seulement quelques décennies, sont abordés par les principaux acteurs selon la méthode médiatique.+L'analyse des raisonnements humains, de leur véracité et de leur fausseté, a toujours occupé l'humanité. Aujourd'hui encore, de nombreuses branches des sciences, de la psychologie et de la philosophie continuent de s'y intéresser de manière active.
-Nous nommerons ''méthode médiatique'' le procédé selon lequel les problèmes de fond sont systématiquement évités au profit d'un questionnement tendancieux impliquant un positionnement binaire de type moral. Nous allons voir, dans la suite de cet article, comment ce type de raisonnements allié à d'autres subterfuges logiques conduit à de véritables ''patterns'' d'erreurs de logique, instrumentalisés à des fins peu avouables, mais totalement humaines dans leurs buts et leurs prérogatives.+Nous prendrons, dans cet article, l'hypothèse que l'on peut licitement étudier de manière séparée la partie conceptuelle qui sous-tend le raisonnement et le raisonnement lui-même. Cette hypothèse est discutable dans la mesure où l'activité de conceptualisation est aussi un des modes de fonctionnement dynamique du raisonnement<ref>Cf. [[Structure et dynamique des erreurs conceptuelles]].</ref>. Cependant, nous tenterons de prendre d'une part l'approche conceptuelle et de l'autre l'approche du raisonnement par inférence logique comme deux dimensions du problème que nous nous proposons d'étudier. Nous pourrions nommer cette approche ''l'axiome de séparation''.
-=== Deux grandes méthodes pour ne pas savoir de quoi on parle ===+=== Structuration du monde des concepts ===
-Nous citerons deux grandes méthodes couramment employées pour faire en sorte que l'on ne parvienne pas à bien cerner ce dont on parle vraiment. Notons que ces méthodes sont souvent employées par des personnes qui ont l'illusion consciente que leur raisonnement est licite et qui n'ont pas forcément une conscience aiguë qu'elles utilisent l'une, l'autre ou l'une et l'autre de ces méthodes.+==== Classification ====
-Ces méthodes sont :+Nous classifierons les concepts du raisonnement en trois parties. Cette classification est, elle aussi, arbitraire et peut être vue comme une définition axiomatique. En ce sens, elle peut être discutée, critiquée et affinée. L'objectif de cette première classification est de produire un certains nombres de résultats tangibles rapidement.
-* l'usage de [[La concept creux|concepts creux]],+
-* l'usage de [[L'affectivité des concepts|concepts affectifs]].+
-Ces méthodes permettent d'entretenir le doute quant à la représentation des concepts manipulés. Le but n'est pas, dans le débat, de parvenir à un accord sur la définition du concept, mais au contraire de "vendre" une notion toute personnelle du concept.+Les trois types de concepts auxquels nous nous intéresserons sont :
 +* un concept proprement défini,
 +* un [[Le concept creux|concept creux]],
 +* un [[L'affectivité des concepts|concept affectif]].
-=== Les dérives de raisonnement ===+==== Formalisation générale ====
-De plus<ref>Cf. [[Structure et dynamique des erreurs conceptuelles]].</ref>, mélanger les concepts et ne pas préciser leur définition implique que l'on peut lier des concepts n'ayant que peu de choses à voir et donc créer de nouveaux concepts totalement vide de sens, sous prétexte d'un lointain lien existant entre les concepts de départ. Notons que ce lien est souvent ''affectif''. Ce type de dérive est exemplaire d'une dérive du raisonnement. Nous noterons ce procédé : ''l'assimilation affective''.+Soient :
 +* un concept C,
 +* deux personnes A et B.
 + 
 +Nous noterons :
 + 
 +* C<sub>A</sub> la définition du concept C pour A ;
 +* C<sub>B</sub> la définition du concept C pour B.
 + 
 +Lorsque A et B ont la même définition conceptuelle de C, nous noterons :
 +* C<sub>A</sub> = C<sub>B</sub> = C<sub>A, B</sub> = C, cette dernière notation sous-entendant que nous travaillons dans le référentiel {A, B} où la définition de C n'est pas ambiguë.
 + 
 +En ce sens, nous posons :
 +* R<sub>A, B</sub> le référentiel des concepts dont la définition est partagée entre A et B.
 + 
 +Dans R<sub>A, B</sub>, on peut se passer des indices relatifs aux personnes.
 + 
 +==== Cas du concept affectif ====
 + 
 +Soient :
 +* A et B, deux personnes ;
 +* C = "chaise" ;
 +* on peut souvent écrire C sans ambiguïté, car C<sub>A</sub> = C<sub>B</sub> = C<sub>A, B</sub> = C et C &isin; R<sub>A, B</sub>.
 + 
 +Pourquoi seulement {{G|souvent}} ? Parce que, dans certains cas, C<sub>A</sub> peut être associé à un événement traumatique de A (comme celui de tomber fréquemment de sa chaise et de se faire mal par exemple), auquel cas la sémantique de C vue de A n'est pas la même que la sémantique de C vue de B. Dans ce cas, nous avons :
 +* C<sub>A</sub> &ne; C<sub>B</sub>.
 + 
 +Nous pourrions aller plus loin en considérant un ensemble I de personnes tel que :
 +* B &isin; I
 +* et &forall; x &isin; I, C<sub>B</sub> = C<sub>x</sub> = C.
 + 
 +On pourrait noter, dans ce contexte :
 +* C<sub>A</sub> &ne; C.
 + 
 +A a donc une vision très personnelle du concept C, non partagée par les membres de I.
 + 
 +Nous nommerons ce cas particulier un cas de concept {{G|affectif}}. Le cas du concept soulève un problème de notation car A sait ce qu'est une chaise ; le symbole &ne; est donc insuffisant. A envisage le concept comme les autres membres de I mais avec une connotation spéciale. Il serait ainsi plus juste de noter :
 +* &forall; x &isin; I, C<sub>x</sub> = C.
 +* C<sub>A</sub> = C + F<sub>A</sub>(C), F<sub>A</sub>(C) étant le ''facteur affectif'' de A par rapport au concept C.
 + 
 +A noter que selon la charge du facteur affectif F, le concept C peut être totalement ''dénaturé''. Dans le cas de la chaise, si A a eu des problèmes passagers quant à sa chaise on pourrait écrire :
 +* F<sub>A</sub>(C) << C (avec le symbole "<<" signifiant "très inférieur à")
 +* donc C<sub>A</sub> &asymp; C.
 + 
 +Si A a une phobie des chaises, on notera :
 +* C << F<sub>A</sub>(C) et C<sub>A</sub> &ne; C;
 +* car C &asymp; F<sub>A</sub>(C).
 + 
 +==== Ambiguïté d'une notation inspirée des mathématiques ====
 + 
 +Nous sommes face à une certaine ambiguïté de la notation héritée des mathématiques.
 + 
 +En effet, le concept de C<sub>1</sub> = "chaise" et C<sub>2</sub> = "chien" n'ont rien à voir entre eux. Ce sont des concepts que l'on peut ramener à des éléments ''discrets'' d'un espace. Or, dans le cas du concept affectif, on aurait envie d'écrire, en empruntant une notation venue de l'analyse :
 +* soit F<sub>A</sub>(C) = o(C), pour noter que F<sub>A</sub>(C) << C,
 +* soit F<sub>A</sub>(C) = O(C), pour noter que F<sub>A</sub>(C) >> C.
 + 
 +Or les symboles "+", "<<", "o" ou "O" ne sont pas définis a priori dans l'espace des concepts. On effet, nous manipulons ici des éléments de nature hétérogène : le concept pouvant être entrevu comme un élément de nature intellectuelle et l'affect perturbant la définition du concept.
 + 
 +Si nous nous inspirons des travaux de Jung quant aux types psychologiques, nous pouvons penser à modéliser d'une autre façon en utilisant deux {{G|dimensions}} : l'une intellectuelle, relative aux concepts, et l'autre affective, relative aux affects.
 + 
 +==== Notation bi-dimensionnelle ====
 + 
 +Soit '''C''', l'espace des concepts {{G|purs}}, et '''F''' l'espace des affects {{G|purs}}. Nous postulerons que tout concept C possède des composantes dans les deux espaces, soit dans l'espace produit '''P''' = '''C''' x '''F''' des {{G|concepts affectifs}} qui se présentent à nous.
 + 
 +Si nous reprenons l'exemple précédent, nous pouvons écrire :
 +* C<sub>A</sub> = {x, y} sur l'espace '''P''',
 +* C<sub>B</sub> = {x', y'}.
 + 
 +Dans le cas où A et B partagent la même vision intellectuelle de C, et que B n'a pas d'affect par rapport au concept C = "chaise", on a :
 +* x = x',
 +* y' = 0;
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 +Nous obtenons la figure 1.
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 +[[Image:Concepts et affects.png|center|frame|<center>'''Figure 1 : première tentative de représentation bi-dimensionnelle'''</center>]]
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 +.
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 +Notons que cette notation est relative aux individus et au contexte.
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 +Prenons un exemple :
 +* C = "chaise".
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 +On peut écrire Def(C) dans la plupart des cas, hormis si pour une personne
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 +A l'inverse, nous noterons '''Def''' la fonction de définir correctement un concept :
 +* soit parce que sa définition est traditionnellement claire pour tout le monde,
 +* soit parce que le dit concept a été clarifié lors de son usage (notamment au niveau de la précision sémantique et de la dé-affectisation du concept si besoin est).
 +Soit C un concept. Nous dirons que les erreurs conceptuelles entrent principalement dans deux grandes familles :
 +* pattern conceptuel numéro 1 : l'usage de [[Le concept creux|concepts creux]] qui induit la manipulation de concepts trop vagues pour être parfaitement utilisables dans une inférence ; nous noterons C<sup>c</sup> ;
 +* pattern conceptuel numéro 2 : : l'usage de [[L'affectivité des concepts|concepts affectifs]] qui induit une connotation affective des concepts relativement aux individus qui les utilisent ; nous noterons C<sup>a</sup>.
 + 
 + 
 +De plus, nous noterons '''&loz;''' (pour fausse égalité) la fonction d'assimilation illicite de concepts. Nous noterons cet opérateur comme un signe égal (=) et verrons qu'il se {{G|propage}} dans le raisonnement.
 + 
 +=== La dimension inférence ===
 + 
 +Trois dynamiques sont liées au monde des concepts, dynamiques qui définissent une certaine partie de l'inférence raisonnante :
 +* pattern d'inférence numéro 1 ('''Gen*''') : la généralisation abusive d'un groupe de phénomènes à un concept ou d'un groupe de concepts à un autre concept plus abstrait ;
 +* pattern d'inférence numéro 2 ('''Spe*''') : la spécialisation abusive qui prend un concept très abstrait et en déduit son application sur des phénomènes ou d'autres concepts sans preuve.
 + 
 +A l'inverse, les actes suivants seront notés respectivement :
 +* généralisation (conceptualisation) valide : '''Gen''',
 +* spécialisation valide : '''Spe'''.
 + 
 +== Exemples ==
=== Exemple de la sociologue de Paris XIII === === Exemple de la sociologue de Paris XIII ===
-A l'automne 2004, sur une radio publique, une sociologue enseignant à Paris XIII illustrait ce principe de confusion des concepts avec pour but de vanter l'approche « tout est dans tout », « tout est lié à tout ».+A l'automne 2004, sur une radio publique, une sociologue enseignant à Paris XIII illustrait le pattern PC1 en usant d'une raisonnement visant à démontrer l'approche « tout est dans tout », « tout est lié à tout ». Ceci peut être vu comme un exemple archétypal de concept creux.
-Le concept d'"individu" était donc présenté, au sein du discours, tour à tour comme :+L'analyse du discours, centré autour du concept d'"individu", montre une approche polymorphe du concept exposé. Le concept d'"individu" était donc présenté, au sein du discours, tour à tour comme :
* un individu psychologique vu de l'extérieur, * un individu psychologique vu de l'extérieur,
* un individu vu par lui-même, * un individu vu par lui-même,
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* un individu vu par les textes de la sociologie (selon les différents courants). * un individu vu par les textes de la sociologie (selon les différents courants).
-Cette fusion magmatique des approches avait pour but d'introduire une vision affective de l'"individu" en rapport à sa sexualité, dans un schéma de pensée très post-féministe qui brassait les représentations suivantes :+Il ne s'agit là que de l'introduction scientifique actuelle d'un sujet dont on voit qu'il recouvre diverses sémantiques et divers champs d'étude. Il n'y a pas là d'erreur de raisonnement. Nous noterons cette action si le raisonnement est une suite d'étapes notée R :
 +* R<sub>1</sub> : C<sub>1</sub> = Def("étude individu").
 +* R<sub>2</sub> : Spe(C<sub>1</sub>) = {C<sub>2</sub> = Def("aspect psychologique de l'individu"), C<sub>3</sub> = Def("aspect philosophique de l'individu"), C<sub>4</sub> = Def("aspect social de l'individu"), C<sub>5</sub> = Def("aspect sociologique de l'individu"), ...}.
 + 
 +La deuxième étape du raisonnement visait à introduire une vision sexuelle de l'"individu". Cette vision est présentée comme une nouvelle composante au champ d'étude de l'individu. Nous avons là une action sémantiquement multiple : une liaison naturelle entre individu et sexualité, soit entre Def("individu") et Def("sexualité"), mais pas entre Def("étude individu") et Def("sexualité"), car cette liaison est encore très discutée aujourd'hui. Nous noterons donc les étapes suivantes du raisonnement comme :
 +* R<sub>2</sub> : C<sub>6</sub> = Def("individu"), C<sub>1</sub> &loz; C<sub>6</sub>.
 + 
 +Or l'auteur s'appuie sur le fait que :
 +* Spe(C<sub>6</sub>) = {C<sub>7</sub> = Def("sexualité"), ...}<BR>
 +ce qui peut être considéré comme licite. En revanche, dans le cadre de l'assimilation abusive faite en R<sub>3</sub>, on obtient abusivement :
 +* R<sub>4</sub> : Spe*(C<sub>1</sub>) = {C<sub>2</sub>, C<sub>3</sub>, C<sub>4</sub>, C<sub>5</sub>, C<sub>7</sub> = "sexualité", ...}.
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 +Nous avons emprunté une "branche" illicite du raisonnement.
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 +La personne expose alors un schéma de pensée post-féministe qui brasse les représentations suivantes :
* « les hommes et leurs fantasmes sexuels », * « les hommes et leurs fantasmes sexuels »,
* les erreurs des féministes, * les erreurs des féministes,
* « une société dans laquelle les individus sont vus comme des membres sexués » (sic). * « une société dans laquelle les individus sont vus comme des membres sexués » (sic).
-Nous noterons le peu de liens manifestes entre le catalogue des visions de l'individu en psychologie, en philosophie et en sociologie et l'introduction d'une vision sexuée à consonance sociale. Ce genre d'assimilations est très connu dans les discours politique des extrêmes : on assimile le problème traité avec des problèmes totalement différents (au niveau des questions posées et du contexte) et par conséquent, on dérive naturellement vers ''un problème global'', non représentable et vide de sens.+Nous sentons une implication personnelle affective dans ce débat, montrant l'utilisation d'une conceptualisation affective du sujet. Nous obtenons en récrivant R<sub>4</sub> :
 +* R<sub>4</sub> : Spe*(C<sub>1</sub>) = {C<sub>2</sub>, C<sub>3</sub>, C<sub>4</sub>, C<sub>5</sub>, C<sup>a</sup><sub>7</sub> = "sexualité", ...}.
 + 
 +Le raisonnement est donc clair : pour étudier C<sub>1</sub>, il est nécessaire d'étudier C<sup>a</sup><sub>7</sub> comme une spécialisation nécessaire, d'une impossibilité d'étudier C<sub>1</sub>, car C<sup>a</sup><sub>7</sub> est trop "polémique". La personne, à l'issue d'un raisonnement qui a "débranché" l'inférence normale, peut justifier son sentiment d'être dépassée.
 + 
 +Cet exemple est archétypal d'un raisonnement qui ne parvient pas à dissocier les problèmes et qui rend la résolution d'un problème dépendante d'un schéma global dans lequel les liens sont contestables, car affectisés.
-L'assimilation est, de plus, toujours accompagnée de son corrolaire ''la relation de dépendance'', elle lie la résolution du problème en question à la résolution d'autres problèmes, rendant ainsi toute action impossible, toute vélléité de changement absurde, toute tâche irréalisable par son ampleur soudain gigantesque. 
-Au second niveau, son discours pouvait être analysé d'une autre manière, révélant d'un problème grave de conceptualisation et de non maîtrise de la portée des concepts généraux utilisés. Car, à force de grands mots vides de sens assemblés les uns aux autres presque par hasard, le discours lui-même apparaissait comme totalement vide de sens. Cette manifestation d'une absence critique de structuration de l'intellect chez des enseignants de haut vol est très inquiétante. Néanmoins, et même si cela ne rassure pas, ce travers est aussi largement répandu chez les intellectuels des sciences humaines qui, à force d'user de concepts très généraux, en viennent à échaffauder de grands édifices discursifs vides de contenu[[Voir [les défis des sciences humaines->293].]]. Quand un concept devient trop général, son sens s'appauvrit[[Voir [le concept creux->52].]]. Si on use de manière conjointe de plusieurs concepts généraux et non forcément liés, l'intersection de leurs significations sémantiques devient très rapidement nulle. 
-Comme quoi, si vous voulez avoir raison dans un débat pseudo-intellectuel de salon, pas la peine de vous casser la tête à trouver des arguments. Généralisez le problème en usant de termes très abstraits ; conditionnez (très important) le problème devenu abstrait à d'autres problèmes abstraits sans solution ; concluez à l'impossibilité d'une solution globale (en usant des avantages et inconvénients comme exemples et contre-exemples) et recommandez l'urgence de ne rien faire sinon de poursuivre la réflexion en l'élargissant à tous les problèmes du monde. Si vous maîtrisez cette réthorique, vous pouvez, entre autres, briller en société, devenir politicien ou professeur de sociologie en faculté.+[[Catégorie:Draft]]

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Sommaire

[modifier] Introduction

Cet article vise à inventorier un certain nombre de raisonnements courants qui, s'ils ont l'apparence de la justesse et de la logique, sont intrinsèquement faux et conduisent aux conclusions les plus erronées. Nous tenterons de donner une première cartographie de ces patterns.

De plus, nous illustrerons ces raisonnements dans des exemples précis et tenteront de déconstruire et de classifier les éléments qui conduisent à des raisonnements faux. Enfin, nous donnerons des pistes sur certaines conséquences de ces erreurs de raisonnements afin de prendre du recul par rapport à un certain nombre d'informations que nous recevons quotidiennement, informations qui véhiculent la plupart de ces patterns.

[modifier] Proposition de modélisation du raisonnement

[modifier] Introduction

L'analyse des raisonnements humains, de leur véracité et de leur fausseté, a toujours occupé l'humanité. Aujourd'hui encore, de nombreuses branches des sciences, de la psychologie et de la philosophie continuent de s'y intéresser de manière active.

Nous prendrons, dans cet article, l'hypothèse que l'on peut licitement étudier de manière séparée la partie conceptuelle qui sous-tend le raisonnement et le raisonnement lui-même. Cette hypothèse est discutable dans la mesure où l'activité de conceptualisation est aussi un des modes de fonctionnement dynamique du raisonnement[1]. Cependant, nous tenterons de prendre d'une part l'approche conceptuelle et de l'autre l'approche du raisonnement par inférence logique comme deux dimensions du problème que nous nous proposons d'étudier. Nous pourrions nommer cette approche l'axiome de séparation.

[modifier] Structuration du monde des concepts

[modifier] Classification

Nous classifierons les concepts du raisonnement en trois parties. Cette classification est, elle aussi, arbitraire et peut être vue comme une définition axiomatique. En ce sens, elle peut être discutée, critiquée et affinée. L'objectif de cette première classification est de produire un certains nombres de résultats tangibles rapidement.

Les trois types de concepts auxquels nous nous intéresserons sont :

[modifier] Formalisation générale

Soient :

  • un concept C,
  • deux personnes A et B.

Nous noterons :

  • CA la définition du concept C pour A ;
  • CB la définition du concept C pour B.

Lorsque A et B ont la même définition conceptuelle de C, nous noterons :

  • CA = CB = CA, B = C, cette dernière notation sous-entendant que nous travaillons dans le référentiel {A, B} où la définition de C n'est pas ambiguë.

En ce sens, nous posons :

  • RA, B le référentiel des concepts dont la définition est partagée entre A et B.

Dans RA, B, on peut se passer des indices relatifs aux personnes.

[modifier] Cas du concept affectif

Soient :

  • A et B, deux personnes ;
  • C = "chaise" ;
  • on peut souvent écrire C sans ambiguïté, car CA = CB = CA, B = C et C ∈ RA, B.

Pourquoi seulement « souvent » ? Parce que, dans certains cas, CA peut être associé à un événement traumatique de A (comme celui de tomber fréquemment de sa chaise et de se faire mal par exemple), auquel cas la sémantique de C vue de A n'est pas la même que la sémantique de C vue de B. Dans ce cas, nous avons :

  • CA ≠ CB.

Nous pourrions aller plus loin en considérant un ensemble I de personnes tel que :

  • B ∈ I
  • et ∀ x ∈ I, CB = Cx = C.

On pourrait noter, dans ce contexte :

  • CA ≠ C.

A a donc une vision très personnelle du concept C, non partagée par les membres de I.

Nous nommerons ce cas particulier un cas de concept « affectif ». Le cas du concept soulève un problème de notation car A sait ce qu'est une chaise ; le symbole ≠ est donc insuffisant. A envisage le concept comme les autres membres de I mais avec une connotation spéciale. Il serait ainsi plus juste de noter :

  • ∀ x ∈ I, Cx = C.
  • CA = C + FA(C), FA(C) étant le facteur affectif de A par rapport au concept C.

A noter que selon la charge du facteur affectif F, le concept C peut être totalement dénaturé. Dans le cas de la chaise, si A a eu des problèmes passagers quant à sa chaise on pourrait écrire :

  • FA(C) << C (avec le symbole "<<" signifiant "très inférieur à")
  • donc CA ≈ C.

Si A a une phobie des chaises, on notera :

  • C << FA(C) et CA ≠ C;
  • car C ≈ FA(C).

[modifier] Ambiguïté d'une notation inspirée des mathématiques

Nous sommes face à une certaine ambiguïté de la notation héritée des mathématiques.

En effet, le concept de C1 = "chaise" et C2 = "chien" n'ont rien à voir entre eux. Ce sont des concepts que l'on peut ramener à des éléments discrets d'un espace. Or, dans le cas du concept affectif, on aurait envie d'écrire, en empruntant une notation venue de l'analyse :

  • soit FA(C) = o(C), pour noter que FA(C) << C,
  • soit FA(C) = O(C), pour noter que FA(C) >> C.

Or les symboles "+", "<<", "o" ou "O" ne sont pas définis a priori dans l'espace des concepts. On effet, nous manipulons ici des éléments de nature hétérogène : le concept pouvant être entrevu comme un élément de nature intellectuelle et l'affect perturbant la définition du concept.

Si nous nous inspirons des travaux de Jung quant aux types psychologiques, nous pouvons penser à modéliser d'une autre façon en utilisant deux « dimensions » : l'une intellectuelle, relative aux concepts, et l'autre affective, relative aux affects.

[modifier] Notation bi-dimensionnelle

Soit C, l'espace des concepts « purs », et F l'espace des affects « purs ». Nous postulerons que tout concept C possède des composantes dans les deux espaces, soit dans l'espace produit P = C x F des « concepts affectifs » qui se présentent à nous.

Si nous reprenons l'exemple précédent, nous pouvons écrire :

  • CA = {x, y} sur l'espace P,
  • CB = {x', y'}.

Dans le cas où A et B partagent la même vision intellectuelle de C, et que B n'a pas d'affect par rapport au concept C = "chaise", on a :

  • x = x',
  • y' = 0;

Nous obtenons la figure 1.

Figure 1 : première tentative de représentation bi-dimensionnelle
Figure 1 : première tentative de représentation bi-dimensionnelle


.

Notons que cette notation est relative aux individus et au contexte.

Prenons un exemple :

  • C = "chaise".

On peut écrire Def(C) dans la plupart des cas, hormis si pour une personne

A l'inverse, nous noterons Def la fonction de définir correctement un concept :

  • soit parce que sa définition est traditionnellement claire pour tout le monde,
  • soit parce que le dit concept a été clarifié lors de son usage (notamment au niveau de la précision sémantique et de la dé-affectisation du concept si besoin est).

Soit C un concept. Nous dirons que les erreurs conceptuelles entrent principalement dans deux grandes familles :

  • pattern conceptuel numéro 1 : l'usage de concepts creux qui induit la manipulation de concepts trop vagues pour être parfaitement utilisables dans une inférence ; nous noterons Cc ;
  • pattern conceptuel numéro 2 : : l'usage de concepts affectifs qui induit une connotation affective des concepts relativement aux individus qui les utilisent ; nous noterons Ca.


De plus, nous noterons (pour fausse égalité) la fonction d'assimilation illicite de concepts. Nous noterons cet opérateur comme un signe égal (=) et verrons qu'il se « propage » dans le raisonnement.

[modifier] La dimension inférence

Trois dynamiques sont liées au monde des concepts, dynamiques qui définissent une certaine partie de l'inférence raisonnante :

  • pattern d'inférence numéro 1 (Gen*) : la généralisation abusive d'un groupe de phénomènes à un concept ou d'un groupe de concepts à un autre concept plus abstrait ;
  • pattern d'inférence numéro 2 (Spe*) : la spécialisation abusive qui prend un concept très abstrait et en déduit son application sur des phénomènes ou d'autres concepts sans preuve.

A l'inverse, les actes suivants seront notés respectivement :

  • généralisation (conceptualisation) valide : Gen,
  • spécialisation valide : Spe.

[modifier] Exemples

[modifier] Exemple de la sociologue de Paris XIII

A l'automne 2004, sur une radio publique, une sociologue enseignant à Paris XIII illustrait le pattern PC1 en usant d'une raisonnement visant à démontrer l'approche « tout est dans tout », « tout est lié à tout ». Ceci peut être vu comme un exemple archétypal de concept creux.

L'analyse du discours, centré autour du concept d'"individu", montre une approche polymorphe du concept exposé. Le concept d'"individu" était donc présenté, au sein du discours, tour à tour comme :

  • un individu psychologique vu de l'extérieur,
  • un individu vu par lui-même,
  • un individu social dans la mesure où ce dernier est vu comme obéissant à la loi,
  • un individu vu par les textes de la sociologie (selon les différents courants).

Il ne s'agit là que de l'introduction scientifique actuelle d'un sujet dont on voit qu'il recouvre diverses sémantiques et divers champs d'étude. Il n'y a pas là d'erreur de raisonnement. Nous noterons cette action si le raisonnement est une suite d'étapes notée R :

  • R1 : C1 = Def("étude individu").
  • R2 : Spe(C1) = {C2 = Def("aspect psychologique de l'individu"), C3 = Def("aspect philosophique de l'individu"), C4 = Def("aspect social de l'individu"), C5 = Def("aspect sociologique de l'individu"), ...}.

La deuxième étape du raisonnement visait à introduire une vision sexuelle de l'"individu". Cette vision est présentée comme une nouvelle composante au champ d'étude de l'individu. Nous avons là une action sémantiquement multiple : une liaison naturelle entre individu et sexualité, soit entre Def("individu") et Def("sexualité"), mais pas entre Def("étude individu") et Def("sexualité"), car cette liaison est encore très discutée aujourd'hui. Nous noterons donc les étapes suivantes du raisonnement comme :

  • R2 : C6 = Def("individu"), C1 ◊ C6.

Or l'auteur s'appuie sur le fait que :

  • Spe(C6) = {C7 = Def("sexualité"), ...}

ce qui peut être considéré comme licite. En revanche, dans le cadre de l'assimilation abusive faite en R3, on obtient abusivement :

  • R4 : Spe*(C1) = {C2, C3, C4, C5, C7 = "sexualité", ...}.

Nous avons emprunté une "branche" illicite du raisonnement.

La personne expose alors un schéma de pensée post-féministe qui brasse les représentations suivantes :

  • « les hommes et leurs fantasmes sexuels »,
  • les erreurs des féministes,
  • « une société dans laquelle les individus sont vus comme des membres sexués » (sic).

Nous sentons une implication personnelle affective dans ce débat, montrant l'utilisation d'une conceptualisation affective du sujet. Nous obtenons en récrivant R4 :

  • R4 : Spe*(C1) = {C2, C3, C4, C5, Ca7 = "sexualité", ...}.

Le raisonnement est donc clair : pour étudier C1, il est nécessaire d'étudier Ca7 comme une spécialisation nécessaire, d'où une impossibilité d'étudier C1, car Ca7 est trop "polémique". La personne, à l'issue d'un raisonnement qui a "débranché" l'inférence normale, peut justifier son sentiment d'être dépassée.

Cet exemple est archétypal d'un raisonnement qui ne parvient pas à dissocier les problèmes et qui rend la résolution d'un problème dépendante d'un schéma global dans lequel les liens sont contestables, car affectisés.